La rue des quarante minutes….à Istanbul

tavlaLe fait que notre petit deuxième commence à trottiner me ramène quelques années en arrière, alors que notre aîné faisait ses premiers pas dans la rue, et en particulier sur un tronçon de rue commerçante qu’on a vite fait de surnommer « la rue des 40 minutes » tant cela prenait du temps de l’arpenter en sa présence. De son fait tout d’abord puisque il avait envie d’entrer dans toutes les boutiques et de converser avec tous les passants ! De mon fait ensuite car je trouvais bon de pouvoir occuper mon petit marcheur et d’aiguiser son sens de l’observation et sa curiosité du monde et des gens…

A chaque commerçant ses spécificités : la boulangère vite repérée (et fuie) parce qu’elle voulait le prendre dans ses bras, le cordonnier et le couturier à qui il daignait faire des sourires après avoir descendu les marches qui menait à leur échoppe, le boucher qui a écorché des années durant son prénom et qui a fini par être remis en place quand il a eu assez d’assurance en lui et en turc, les coiffeurs qui lui laissaient volontiers un tabouret pour assister aux parties de tavla et jeter de temps à autre un coup de dé. Une mention spéciale à l’épicier et ses escaliers sur lesquels il s’est largement entraîné, observant de haut ces grandes outres remplies de graines diverses.

Des rituels se sont ainsi instaurés, avec par exemple les courses durant lesquelles il apportait une par une les commissions demandées jusqu’à la caisse. Ce petit bout d’homme portant consciencieusement lourdes bouteilles et encombrants paquets de couches sous le regard amusé de l’épicier comme des clients a eu du mal à comprendre qu’en France, entrer dans un magasin, « juste comme ça », trottiner puis repartir, pouvait ne pas être bien envisagé.

                                                                                                                                                          Christelle DD