Emmanuelle Selimoğlu & Zerrin Koç : Poèmes et peinture à Arnavutkoy

Deux femmes artistes, l’une peintre française diplômée des Beaux Arts de Paris ,Emmanuelle Selimoğlu et arrivée tout droit de Paris à Istanbul , l’autre née à Samsun , écrivain ayant publié depuis 1987 plusieurs recueils de nouvelles et deux romans  » Islak Kentin Insanlari  » ( Les habitants de la ville mouillée )et « Pus » ( Brume ), poètes Zerrin Koç se rencontrent. L’une écrit, l’autre peint et répondent à la question  » Biz size ne yaptik »

emmanuelle

 

« Avec un bonjour chaleureux aux amoureux de l’art.

 L’une était dans sa chambre avec ses crayons, ses mots, ses personnages, l’autre dans son atelier avec ses pinceaux, ses peintures ses figures. Nous travaillions, sans nouvelles l’une de l’autre.

Nous nous sommes rencontrées, plues. Avec le temps ce lien s’est transformé en amitié.

Et puis un jour nos outils d’expression qui empruntaient des couloirs parallèles se sont croisés, était-ce une rencontre fortuite ou non peu importe…

 

Emmanuelle raconte :

Un soir nous étions chez Zerrin comme d’habitude nous bavardions à n’en plus finir. Elle racontait des évènements récents de sa vie comme souvent mais cette fois-ci c’était différent.

Elle racontait de façon si vivante en employant des mots si justes, j’ai vu la scène se déployer devant moi comme au théâtre. L’atmosphère, les couleurs, la composition, je voyais tout. Plus j’écoutais plus je jubilais, le tableau se construisait, devenait de plus en plus net.

Elle me dit : Moi je raconte, toi tu le peins, tu es d’accord.

C’était oui, sans réfléchir.

Quand le premier poème m’est parvenu ma connaissance du turc était insuffisante pour le comprendre, elle me l’a raconté, en l’écoutant, j’en faisais le tableau. Jusqu’à présent je n’avais peint que les histoires que je me racontais. Cette fois-ci c’était bien différent et bien plus intéressant. Ma connaissance du turc s’améliorait ainsi que celle des mentalités, des façons de vivre. Le monde autour de moi devenait plus vivant.

Pendant deux années nous avons travaillé, partagé, nous avons évolué chacune dans notre discipline, notre amitié s’est renforcée approfondie.

 Parole à nous deux :

Nous avons réussi le pari de partager de rassembler et d’exprimer nos rêves, nos âmes, nos différences tant culturelles que linguistiques, voyez :

«  Que vous a-t-on fait ? »  » 

Emmanuelle Selimoğlu & Zerrin Koç

 

deniz-dili

 

LA LANGUE DE LA MER

Silencieuse, la mer, comme elle s’abattait sur la plage dans une odeur d’algues

C’était décembre depuis des mois le monde se préparait à un an nouveau

Moi je me préparais à toi comme je l’ai toujours fait

Ne fais pas attention si je dis nouveau

Quand je dis nouveau je dis ce silence magnifique qui est le tien

J’allais me prolongeant m’écoulais vers tes yeux

Tes mains désignaient un continent que je ne connaissais pas…

Tes yeux je les cherchais dans une odeur de mer…

D’ailleurs je t’ai toujours cherché ainsi… Tes mains aussi absolument

Comme ton torse s’allongeait vers un océan ancien

J’accourais derrière toi avec un sifflement à peine audible

Je te cherchais parmi mes naufragés…

Tu n’étais pas là-bas non plus / Ne pouvais entendre ma voix

Tu ne m’aimais plus désormais… Je le savais

Désormais tu ne m’aimais plus ne me voulais plus

Comme je détournais mes regards de ceux moqueurs

Du requin enveloppé dans tes récifs coraliens

Ta voix qui demandait Est-ce qu’elle est partie

Sous l’eau m’écorchait les oreilles…

C’était ça perdre la face devant un immense océan

L’océan immense ne pouvait laver cette honte…

C’était ça se taire / C’était se suicider

C’était ça le silence

Une odeur de mer dans le souffle de l’océan…

( Traductions des poèmes : Sylvain Cavaillès )

istanbul

Istanbul, Emmanuelle Selimoglu, 2015

«  Que vous a-t-on fait ? »

Exposition  et poésie

Arnavutkoy Artgallery

2 – 20 avril 2015

Vernissage : Jeudi 2 avril 2015

 18:00 – 20.00

Arnavutköy Mh.
Arnavutköy Bebek Cd No:75, 34400
Beşiktaş/İstanbul, Turkey